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Littérature

[ li.te.ʁa.tyʁ ]

En quelques mots

La littérature désigne des œuvres écrites ou orales auxquelles est reconnue une valeur esthétique. Par le travail du langage, elle donne forme à des émotions, des pensées et des expériences, destinées à être partagées avec des lecteurs ou des auditeurs. Elle prend corps dans une pluralité de genres, de formes et de styles : de l’essai au roman graphique, de la tragédie à l’épopée, de la biographie à l’épistolaire… et s’inscrit dans un héritage culturel qui traverse le temps. À travers ses formes et ses usages, elle participe à la mémoire et à la transmission d’une culture.

Au commencement

La littérature prend d’abord corps par la voix. Elle se dit, se répète, se transmet dans des récits mythiques, des épopées et des chants rituels. Ces formes orales reposent sur la mémoire, le rythme, l’écoute, et s’inscrivent dans des usages collectifs où raconter est un acte partagé. L’Épopée de Gilgamesh, qui prend une forme écrite au IIᵉ millénaire avant notre ère, rend perceptible ce moment de bascule : un récit issu de l’oralité se stabilise dans l’écriture.

L’apparition de l’écriture en Mésopotamie, en Égypte ou en Chine modifie profondément ces pratiques. La tablette et le papyrus permettent de fixer les textes et d’en assurer une transmission durable. L’écriture manuscrite inscrit le langage dans la matière, tout en restant étroitement liée aux usages des sociétés. Les textes anciens remplissent souvent des fonctions religieuses, juridiques ou politiques. Cependant, des formes littéraires orales et écrites se développent de manière autonome, notamment en Inde, en Chine ou dans les traditions orales africaines. Ces origines multiples montrent une littérature d’abord façonnée par le geste et les usages, bien avant toute formalisation.

Au fil du temps

Dans l’Antiquité, la littérature s’organise peu à peu autour de formes reconnues. L’épopée, la poésie lyrique, le théâtre et le récit historique structurent les pratiques d’écriture et de récitation. Comme en témoigne Homère, dont L’Odyssée relève une épopée transmise par la voix avant d’être fixée par l’écrit. Dans ce contexte apparaît aussi une réflexion sur ces pratiques : en Grèce antique, Aristote propose, dans la Poétique, une analyse systématique des formes poétiques. La littérature se fait alors à la fois pratique vivante et objet de réflexion.

Les usages se diversifient au Moyen Âge. La littérature savante, principalement rédigée en latin, coexiste avec des traditions orales vernaculaires, chacune suivant ses propres modes de transmission. Dans les scriptoria, des manuscrits sont copiés sur parchemin, assurant la continuité des textes. Tandis que ces usages se développent, les traditions orales continuent de circuler, portées par des langues vivantes. En Europe, à partir du XIIᵉ siècle, l’écriture s’ouvre à des langues locales, transformant les usages de l’écrit sans rompre avec l’héritage savant. L’œuvre de Dante Alighieri, principalement rédigée en langue commune (non latine), illustre cette nouvelle structuration.

À l’époque moderne, l’imprimerie introduit une transformation décisive des pratiques. L’impression typographique modifie la production et la diffusion des textes, et le livre imprimé devient un support central. Les œuvres circulent plus largement, et s’inscrivent dans de nouveaux usages de lecture. Dans ce contexte, la figure de l’auteur émerge progressivement comme repère identifié, associée à une œuvre. Certains genres se structurent, comme le roman, l’essai ou le théâtre imprimé, et la littérature s’inscrit de plus en plus dans un marché du livre en construction. Ainsi, les écrits, les supports et les modes de diffusion redessinent la relation entre le texte et ses lecteurs.

Au XIXᵉ siècle, la littérature s’institutionnalise comme champ autonome. L’édition, la critique et l’enseignement installent des cadres durables qui organisent la production et la réception des œuvres. Le roman s’affirme comme forme dominante, tandis que des mouvements littéraires structurés, tels que le réalisme, le romantisme ou le symbolisme, proposent des orientations distinctes. Ces mouvements ne sont pas seulement des catégories : ils correspondent à des manières d’écrire, de publier et de lire, inscrites dans des usages sociaux précis.

Depuis le XXᵉ siècle jusqu’à nos jours, les pratiques littéraires continuent leur mutation. Les formes se diversifient et les genres sont remis en cause, ouvrant de nouvelles manières d’écrire et de lire. Progressivement, de nouveaux supports apparaissent aux côtés du livre imprimé : l’écriture numérique et l’écran modifient la manière d’écrire et l’expérience de lecture. Les médias et supports contemporains influencent alors la diffusion des textes, tandis que se développent des littératures dites de genre, expérimentales ou transmédiatiques. La littérature continue ainsi de se faire au contact de ses techniques et de ses supports, dans un paysage en mouvement.

Pour finir

Du verbe à la plume, la littérature est avant tout une manière d’habiter le langage : y inscrire une expérience, façonner des formes, des rythmes et des points de vue, et en faire un espace de pensée et de transmission. Ouverte sur le réel comme sur l’imaginaire, elle dessine des passages entre l’intime et le collectif, entre l’expérience vécue et la connaissance partagée.

Lexique

Épopée de Gilgamesh : Texte narratif majeur de l'Antiquité, considéré comme l'un des plus anciens récits littéraires connus, mêlant mythologie, quête héroïque et réflexion sur la condition humaine.

Mésopotamie : Région du Proche-Orient ancien où apparaissent l'écriture cunéiforme et les premières œuvres littéraires consignées par écrit.

Antiquité : Période historique allant des premières civilisations écrites à la chute de l'Empire romain d'Occident, fondatrice des grandes formes littéraires occidentales.

Épopée : Genre narratif en vers relatant les exploits de héros ou de peuples, transmis oralement puis par écrit, à vocation fondatrice et mémorielle.

Poésie lyrique : Forme poétique centrée sur l'expression des émotions, de la subjectivité et de l'intime, souvent associée au chant et à la musicalité du langage.

Homère : Poète grec de l'Antiquité, figure fondatrice de la littérature occidentale, traditionnellement associé aux grandes épopées grecques.

L'Odyssée : Épopée attribuée à Homère, retraçant le retour d'Ulysse après la guerre de Troie, modèle durable du récit d'aventure et de voyage.

Aristote : Philosophe grec de l'Antiquité dont les travaux ont profondément influencé la théorie littéraire.

Poétique : Discipline théorique, formulée dès l'Antiquité par Aristote, qui analyse les principes de création, de structure et de fonctionnement des œuvres littéraires.

Moyen Âge : Période historique marquée par la transmission manuscrite des textes, l'essor des littératures religieuses, épiques et courtoises.

Vernaculaire : Qualifie une langue parlée localement, par opposition au latin, dont l'usage favorise l'essor des littératures nationales au Moyen Âge.

Scriptoria : Ateliers monastiques médiévaux dédiés à la copie et à l'enluminure des manuscrits, essentiel à la conservation des textes littéraires.

Parchemin : Support d'écriture fabriqué à partir de peau animale, largement utilisé avant la généralisation du papier en Europe.

Époque moderne : Période historique (XVe–XVIIIe siècles) marquée par l'imprimerie, la diffusion accrue des livres et la transformation des pratiques de lecture.

Typographique : Relatif à l'impression par caractères mobiles, technique qui permet la reproduction en série des textes littéraires.

Théâtre imprimé : Pièce dramatique publiée sous forme de livre, destinée à la lecture autant qu'à la représentation scénique.

Champ autonome : Concept désignant la littérature comme domaine spécifique de création, doté de ses règles, institutions et formes propres.

Réalisme : Courant littéraire du XIXᵉ siècle cherchant à représenter le monde social et quotidien de manière précise et documentée.

Romantisme : Mouvement littéraire et artistique valorisant l'expression des émotions, l'individu et l'imaginaire, en réaction aux normes classiques.

Symbolisme : Courant de la fin du XIXᵉ siècle privilégiant la suggestion, le symbole et la musicalité du langage plutôt que la description directe.

Écriture numérique : Forme d'écriture conçue pour les supports numériques, intégrant hypertexte, multimédia et nouvelles modalités de lecture.

Expérimental : Qualifie des pratiques littéraires qui explorent ou détournent les formes, les structures et les conventions établies.

Transmédiatique : Se dit d'un récit ou d'une œuvre déployée sur plusieurs supports (livre, image, audio, numérique), chaque médium contribuant à l'ensemble narratif.

Liens & images

Image 01 : Tablette du récit babylonien du déluge, Épopée de Gilgamesh. Irak, VIIe siècle av. J.-C. — https://www.britishmuseum.org/

Image 02 : Jean Mielot, recueil des Miracles de Notre Dame, bibliothèque du duc de Bourgogne, env. 1455 — https://www.futura-sciences.com/

Image 03 : Grand Prix Flaubert de Littérature, jury rassemblé chez Marcelle Tinayre (photographie Agence Meurisse), 1923 — https://gallica.bnf.fr/

magzin

Bout-Dehors

En arrivant dans un atelier, lieu de vie, lieu de création de vie singulière, de vies plurielles, on découvre un monde, une, des, histoire(s), un chemin particulier, un pont entre réalité et création,